Prison
Tout seul
sur ce lit pourri et vieux que ce bâtiment, je constate perpétuellement le
passage du temps. Le ciel qui était noir plus que du charbon se transforme à un
tissu transparent de la couleur vert, ensuite à une toile voile avec quelques
taches blanche que forment les nuages ici et là. Le monde qui dormait quelques
instant avant commence à bourdonner comme-ci un méchant a dérangé les abeilles.
Les rues vides s’emplissent des animaux à deux pas et les autres bêtes s’en
enfuient. Le matin de la plupart des femmes débute avec le pleur des bébés. Ils
jouent le rôle du réveille-matin. Etrangement, chaque enfant ouvre ses yeux à
une heure fixe, sans avoir la connaissance du temps. Je me demande ce qui se
passe si un jour cet enfant décide aussi de modifier sa routine un petit
peu ? C’est bien de revenir au sujet.
La chaleur
du soleil montre son effet : les gens disparaissent petit à petit comme
les feuilles de l’arbre en printemps. Les rayons du soleil produisent le mirage
dans la noirceur des rues donnant une illusion que ce n’est pas une rue mais
plutôt un ruisseau où ruissellent les petits diamants. Les commerçants ferment
les volets de leur magasin, se cachent derrière les murs et attendent
l’atténuation de la colère de dieu Helios. Je constate tout comme un spectateur
sans y participer. Je regarde tout le monde mais personne ne me jette un coup
d’œil. Je suis enfermé dans une prison dont la porte n’ouvre jamais. La seule
fenêtre est barrée et enveloppée d’une couche invisible qui ne laisse aucun son
à sortir dehors. J’entends tout mais ma voix fébrile ne tombe pas sur une seule
oreille.
Avec le
mouvement des aiguilles dans la cloche, le soleil fraye son chemin du retour
dans l’horizon, Encore la même foule couvre chaque partie de la rue, de terre,
de jardin, de bord de lac, sur le pont, sous le pont, partout où pourrait
vagabonder mes yeux et mon imagination. Même mon esprit, me semble-t-il, d’être
surpeuplé par ces gens réels ou imaginaires je n’ai aucune idée. J’attends
désespérément la clôture de ce spectacle quotidien par la nuit sombre et affreuse.
Elle, ma vie, est vraiment trop bizarre. Ce qu’aiment les autres, la foule, la
cohue, le brouhaha, me dégoûte. Ce qui hante le reste me rend calme et
tranquille. Suis-je différent de vous et des autres, et si oui alors
pourquoi ? La rencontre avec quelqu’un, la touche d’autrui m’affecte.
Qu’est-ce qui m’empêche de rejoindre ces gens-là, de sourire avec eux ou de
leur parler ? Sois je suis trop idéaliste cherchant un homme sensible dans
le monde d’aujourd’hui sois le monde est tellement parfait et structuré qu’un
être intrus comme moi n’y a pas de place. Par conséquent, la tranquillité et la
solitude qui règne le monde la nuit m’aide à sortir de cette prison. C’est le
seul temps quand personne ne vous surveille, ne fait commentaire, ne rit ni
pleure. C’est le seul moment les hommes parfaits dorment laissant la chance à
ceux non-chanceux d’aller et de capturer cette rue qui est hors de notre portée
pendant la journée. Peut-être c’est pour cette raison que la nuit ou le noir a
eu toujours une valeur pour les hommes non-sociaux comme moi. L’enveloppe noire
de la nuit nous permet de rester mystérieux tandis que le jour nous rend nu
face au monde. Les voleurs, les bandits, les politiciens tous aiment la nuit.
Moi aussi,
je me profite de cette solitude. La porte de la prison s’ouvre automatiquement
après deux heures de la nuit. J’enfile un pull troué, met les chaussures usées,
des gants décolorés et finalement porte une écharpe afin de me protéger ou me
donner la satisfaction de les porter. C’est très rare qu’un être humain soit
content de sa vie, il est toujours en mouvement. La stabilité, la permanence,
la grandeur, tous ces traits s’absentent dans l’homme. L’oscillation de son âme
entre ce qu’il a et ce qui lui manque le rend instable et faible. Dans tous les
textes sacrés, on a parlé da la primauté de la satisfaction mais personne ne
réussit à rester longtemps dans cette situation. L’argent, l’or, la gloire, la
femme rien ne pourrait calmer son soif. Comme la lave jaillit de la coûte
terrestre, ses désirs, ses passions giclent et engouent l’individu. Ainsi juste
pour assouvir mes désirs je me suis enveloppé de tous ces « bijoux ».
Je m’approche au seuil de la porte, cette porte qui ne me laisse jamais sortir
de cette prison. Je vois un autre monde dehors de cette porte gigantesque et
noire. Rien n’est autant noir que cette porte, même pas le ciel illuminé par la
lune et les millions des étoiles. Quand je mets le premier pas hors du seuil,
un vent glacial frappe mon visage. Je me frisonne et la tentation de rentrer et
de m’enfermer dans cette prison dilate. Mais j’essaye de l’apaiser. Peut-être,
la nature voulait me gifler pour la négliger. Or, la vérité est que maintes
fois je voulais effondrer les murs de prison, trancher cette porte gigantesque
en petites morceaux mais hélas je n’suis jamais arrivé à les faire pendant la
journée. Au contraire, avec la couche du soleil, le cadenas de la porte tombe
et la porte s’ouvre. La chaleur qui augmente dans ma cellule me pousse à en
sortir. Je vagabonde tout seul dans cette rue qui pendant le jour restet hors
de mon accès. Elle n’est pas uniforme mais plutôt constituée des parcelles de
lumière et d’obscurité. Les lampadaires illuminent certaines parties de la rue
et laissent les restes en obscurité.